Demain, j'arrête

de fumer !


Patch en vente libre, thérapies comportementales et cognitives, multiplication des méthodes miracles... sur le front du sevrage tabagique, les nouveautés sont nombreuses.
Mieux-Etre fait le point avec l'aide du Pr. Gilbert Lagrue, tabacologue.

Mieux-Etre : Le tabac est-il vraiment dangereux ?

Dr Gilbert Lagrue : En guise de réponse, voici quelques chiffres... Selon une enquête menée pendant 40 ans sur des médecins anglais fumeurs et non fumeurs, le tabac multiplie par deux la mortalité à l'intérieur d'une classe d'âge. Et d'après le rapport annuel publié en mai 1999 par l'Organisation Mondiale de la Santé, 4 millions de morts sont imputables au tabac chaque année dans le monde. En France, selon le Comité Français d'Éducation pour la Santé, le tabac aurait causé plus de 60000 morts en 1995. Mais contrairement à l'idée reçue, la nicotine n'est pas la coupable. Cette substance est certes responsable de la dépendance des fumeurs, mais n'est pas cancérigène. Ce sont les goudrons contenus dans les cigarettes et le monoxyde de carbone produit lors de leur combustion, qui sont responsables des problèmes cardiovasculaires et cancéreux. En outre, les cigarettes contiennent d'autres substances (près de 4000 au total !), irritantes notamment pour les voies respiratoires. Ainsi, saviez-vous que dans la fumée de votre "clope" se trouvent de l'ammoniaque, du plomb ou encore du benzène ?

Mieux-Etre : Existe-t-il une méthode miracle pour arrêter de fumer ?

Dr Gilbert Lagrue :Non, bien évidemment. Tout "méthode" qui promet de sevrer tout le monde est mensongère, parce que chaque individu fume pour des raisons et dans des proportions différentes. Certaines personnes fument pour "déstresser", d'autres "en grillent une" pour éviter de craquer sur un éclair au café, d'autres encore pour réussir à se concentrer sur un dossier, ou pour se détendre... Et chaque fumeur a sa façon de consommer le tabac. Certains laissent leurs cigarettes se consumer toutes seules dans le cendrier ; d'autres inhalent frénétiquement la fumée... C'est la raison pour laquelle le nombre de cigarettes fumées par jour et le dosage en nicotine de ces cigarettes (brunes ou blondes, légères ou non) ne sont pas des indicateurs suffisants. Et c'est aussi ce qui explique qu'une méthode ne peut pas s'adapter à tout le monde.

Mieux-Etre : Est-il préférable de consulter un spécialiste pour s'arrêter de fumer ?

Dr Gilbert Lagrue :L'envie de fumer est composée de trois facteurs : le besoin physique, le besoin psychologique et les réflexes conditionnés liés à l'environnement. Le premier se traduit par une sensation de manque, de nervosité, une irritabilité. Le deuxième, c'est le plaisir que vous éprouvez en fumant, l'impression d'être stimulé intellectuellement ou d'être détendu. Le troisième enfin c'est la pression exercée par les copains qui fument devant vous, les collègues de travail qui vous proposent une cigarette, le passant qui allume la sienne dans la rue... Pour combler le besoin physique, vous pouvez avoir recours aux timbres nicotiniques ou aux gommes, en vente libre (mais non remboursés) depuis décembre 1999. Mais les timbres ne résolvent qu'un des trois aspects. Ils sont disponibles dans différents dosages (7 g, 14 mg et 21 mg par 24 heures). Vous devez donc savoir précisément quel est celui dont vous avez besoin... sachant que le nombre de cigarettes que vous fumez chaque jour n'est pas un indicateur suffisamment fin. Pour ce qui concerne l'environnement, vous pouvez mettre au courant vos amis et demander à vos collègues de travail de respecter votre décision. Mais reste encore le besoin psychologique ! Pour certaines personnes, il est très faible. Pour d'autres, il est plus important, et nécessite une aide psychologique (thérapies comportementales et cognitives, par exemple... Voir la fiche pratique). Conclusion vous pouvez essayer de vous arrêter seul. Mais ne perdez pas de vue que les timbres ne sont pas une réponse miracle. Une prise en charge globale est souvent nécessaire.
Vous avez craqué ?
Vous sentez que vous allez le faire ?
Consultez votre médecin. Et dites-vous que, de toute façon, vous êtes gagnant. Car ceux qui ont cessé de fumer une fois, même peu de temps (une semaine au moins), ont plus de chance de réussir à s'arrêter définitivement.

Testez-vous : Pouvez-vous vous arrêter de fumer ?
(Autres tests !) FORUM

Il y a presque 10 ans, Karl-Olov Fagerström, un expert suédois du sevrage tabagique, a mis au point un test de dépendance à la nicotine, aujourd'hui reconnu dans le monde entier. Répondez aux questions, validez en cliquant sur le bouton "Résultat", et retenez votre score pour la suite. Plus votre score est élevé, moins il vous sera facile de "décrocher" seul.

 

1.Combien de temps après le réveil fumez-vous votre première cigarette ? 2.Combien de cigarettes fumez-vous par jour ?
moins de 5mn
6à 30min
31 à 60 min
Une heure ou plus
10 au moins
de 11 à 20
de 21 à 30
31 ou plus
3.Quelle cigarette est la plus indispensable ? 4.Vous est-il difficile de ne pas fumer dans les endroits interdits (cinéma, gare, avion...) ?
la première
une autre
oui
non
5.Vos cigarettes sont-elles plus rapprochées dans l'heure qui suit votre réveil que le reste de la journée ? 6. Une maladie vous contraint à rester au lit. Fumez-vous quand même ?
oui
non
oui
non
Score (nombres des points)

 

Agissez en

3 temps


Le printemps arrive et vous avez pris une bonne résolution : dire stop au tabac.

Passez à l'action !

1. Calculez votre dépendance
Faites le test de Fagerström (le test ci-dessus). Vous obtenez un score de
0 à 3-4 ? Vous n'aurez peut-être pas besoin d'un timbre, mais simplement de chewinggums à la nicotine... ou de soutien ! Votre score est intermédiaire (de 4 à 6) ?
Un patch de 7 ou 14 mg/jour va certainement être nécessaire. Votre résultat est plus élevé
(de 7 à 10) ? Il vous faudra un timbre de 14 ou 21 mg. Parlez-en à votre généraliste ou à votre pharmacien. Pour connaître plus précisément votre dépendance, il existe d'autres tests (pratiqués par les tabacologues), comme l'évaluation de la motivation, la mesure du monoxyde de carbone dans l'air expiré ou le "dosage de cotinine" (un dérivé de la nicotine présent dans le sang, la salive...).

2. Prenez conseil auprès d'un spécialiste
Selon les experts, l'association timbres nicotiniques thérapies comportementales et cognitives (TCC) est la plus efficace. Il s'agit en fait de combler les besoins physiques par les patchs et les besoins psychologiques par les TCC. Celles-ci, pratiquées par des psychiatres ou des psychologues spécialisés, permettent aux futurs ex-fumeurs de comprendre à quoi leur sert la cigarette (à évacuer le stress, à se concentrer, à mincir ... ), afin de mettre au point des "stratégies de défense".

La personne qui fume pour déstresser va ainsi apprendre à se relaxer. Celle qui a peur de grossir va analyser son comportement alimentaire... Malheureusement, les praticiens de TCC manquent en France. Appelez Tabac info service (O 803 309 310) pour connaître le plus proche de chez vous. Et soyez patient : les listes d'attente sont longues (plus d'un mois). I1 existe d'autres méthodes (acupuncture, hypnose éricksonnienne ... ). Tout dépend de votre profil !

3. Décrochez le soutien de vos proches
Vous avez besoin d'alliés.
Mettez votre entourage au courent. Excusez-vous d'avance auprès de votre famille pour vos sautes d'humeur (qui seront inévitables !). Informez vos collègues de votre décision, placez au besoin un panonceau dans votre bureau : "merci de m'aider à arrêter de fumer" (un "tabac interdit" sec choquerait). "La moitié des 16 millions de fumeurs en France peuvent s'arrêter seuls", estime Gilbert Lagrue.

Un antidépresseur

pour s'arrêter ?


Un antidépresseur prescrit dans le cadre du sevrage tabagique va bientôt arrivé sur le marché français. Déjà commercialisé dans quelques pays, il n'est pas conseillé à tous les fumeurs tentant de s'arrêter... mais seulement leurs cigarettes comme un "antiblues". Vous pensez être sujet à des coups de cafard lors du sevrage ? Parlez-en à votre médecin.

 

Source: Mieux-être au quotidien - N° 12 - Mars 2000

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