Retour forme

Les couples

qui tiennent bon !


À l'heure où un couple sur trois se sépare - un sur deux à Paris les couples qui gardent le cap suscitent envie et admiration.
Y aurait-il une recette miracle pour faire durer son couple ?
Que faire pour que l'amour rime avec toujours ?

Le couple a bonne presse. Il fait régulièrement la une des magazines, suscite émissions de télé et analyses sociologiques. Qui n'a pas aujourd'hui envie de réussir sa vie de couple ? Pourtant, les divorces n'ont jamais été aussi nombreux. Un paradoxe qui n'étonne pas le sociologue Jean-Claude Kaufmann : "Les couples aujourd'hui sont plus instables parce qu'ils sont beaucoup plus exigeants que leurs parents et grands parents ne l'étaient. On cherche davantage la qualité de la relation que sa stabilité." En fait, c'est parce que l'on investit massivement dans le couple qu'il se trouve fragilisé. Il est vrai qu'on lui en demande beaucoup! Il doit apporter sécurité affective, passion, équilibre... et aussi le bouquet de fantaisie.
Alors quand tous les facteurs ne sont pas réunis, on a tendance à quitter le navire.
Un peu trop tôt ?
Sans doute. Les couples qui tiennent le cap font preuve d'une première qualité indispensable ils savent modérer leur attentes !

Sortir du rêve
Lors de la rencontre, le couple vit une période idyllique pendant laquelle il se suffit à lui-même. Tout ce que fait l'autre paraît merveilleux; même passer la journée en voiture est vécu comme une belle aventure, remplir ensemble le caddie au supermarché ou préparer le café du matin a quelque chose de romantique. Puis, le temps passe. Puis, l'amour vient remplacer la passion, ou tout du moins devrait la remplacer... "Certains couples ont du mal à passer à une autre vitesse. Il leur faut toujours vivre à cent à l'heure. Dès que l'émotion des premiers mois retombe, ils ont l'impression que la routine s'installe et ils prennent leurs jambes à leur cou. Fonder un couple, c'est justement sortir de la torpeur de l'état amoureux", explique Willy Pasini, psychiatre et sexologue.
Tout vient d'une idée fausse qui voudrait que l'amour soit une donnée magique, un don du ciel qui ne s'entretient pas.
Or, pour durer, l'amour a besoin d'être nourri volontairement par les deux partenaires. On ne peut pas tout attendre de lui sans rien lui donner en retour. Pour le psychiatre Boris Cyrulnik, seuls les couples qui se parlent ont des chances de durer : "Et pour se parler, il faut qu'ils sortent de l'état fusion de l'amour-passion. C'est ainsi qu'ils auront quelque chose à se raconter"

Son jardin secret
C'est la raison pour laquelle il est indispensable de savoir préserver son jardin secret : continuer à voir ses amis, pratiquer son hobby préféré... bref, s'autoriser des activités en dehors du couple sans le vivre comme une haute trahison. "Au printemps de la relation amoureuse, les partenaires ont le sentiment de ne faire qu'un, note Jean-Claude Kaufmann*. Cet état fusionnel ne dure pas. Suit un imperceptible mouvement de détachement qui permet à chaque individu de se retrouver. Souvent, ce mouvement de repli provoque de la culpabilité parce qu'on l'assimile à une baisse de flamme. Or, un peu d'autonomie est indispensable à la survie du couple. Il faut se ménager des moments de séparation pour avoir à nouveau le plaisir d'être ensemble." Eh oui, pour faire durer son couple, il est nécessaire d'entretenir une petite dose d'égoïsme ! En fait, tout est affaire d'équilibre : il faut acquérir suffisamment d'autonomie pour avoir des choses à se dire lorsque l'on se retrouve, mais il faut également bâtir des projets communs pour souder le couple.

Vive les projets !
Sans projet commun, le couple n'avance pas. Telle est la constatation de bien des spécialistes qui élaborent même leur thérapie pour aider les couples en difficulté à se projeter dans l'avenir. Retaper une vieille grange, apprendre l'anglais pour voyager, commencer la pratique d'un sport ensemble: autant d'entreprises partagées qui permettent de regarder ensemble dans la même direction. Le psychiatre Robert Neuburger suggère même d'entretenir des projets... irréalistes ! "Si le couple n'a qu'un seul projet, construire sa maison de campagne par exemple, qu'arrivera-t-il lorsqu'ils auront posé la dernière pierre ?" Alors, en plus de la maison de campagne en Normandie, rêvons ensemble d'un palais à Venise ou d'un raid à dos de chameau en Asie orientale. Néanmoins, le problème avec les projets, c'est que s'ils unissent le couple... ils peuvent aussi le diviser! Quand l'un rêve d'aller à Londres tandis que l'autre regarde obstinément les doux monts du Massif central, les contrariétés surgissent.
C'est là qu'intervient une des composantes essentielles des couples : l'art de la concession !

Plier sans rompre
La concession fait partie de la vie en général et du couple en particulier. Attention, on parle bien de concession, pas de soumission. "La mauvaise concession est celle qui est faite par faiblesse ou par peur de perdre l'autre.
La bonne concession en revanche fait avancer le couple vers un nouveau terrain et est toujours précédée d'une discussion", note Willy Pasini. Il s'agit en fait d'exposer ses désirs, ses arguments, de les confronter à ceux de son conjoint, puis d'essayer de trouver un terrain d'entente, une solution qui ne soit ni celle de l'un, ni celle de l'autre, mais un subtil compromis entre les deux. Si monsieur veut vivre à la campagne et madame à la ville, ils peuvent s'installer en proche banlieue ou dans une petite ville qui permettra à chacun d'avoir sa dose de nature et de civilisation ! D'une façon générale, on plie plus volontiers sur ses goûts que sur ses valeurs. Les discussions sans fin sur les principes éducatifs et sur les traditions familiales en témoignent ! Enfin, sachez que la concession aime être reconnue : rien de pire que de faire comme si elle était acquise. Si vos vacances se passent à la mer alors qu'il rêvait de montagne, pensez à dire à votre conjoint combien vous êtes sensible à son effort pour vous faire plaisir. La "concession" qui ne reçoit pas d'accusé de réception s'en souviendra la prochaine fois

Entretenir son désir et sa séduction
"Rien n'est jamais acquis" semble être la formule du couple qui dure ! Traîner en jogging et pantoufles tout le week-end - c'est tellement confortable - tue l'amour bien plus vite que n'importe quel bazooka. Comme le dit la chanson d'Aznavour : "Tu te laisses aller, tu te laisses aller." Bien sûr, pas question de faire la danse du ventre chaque soir après une journée passée au travail, plus le bain, le repas et le repassage ! Mais l'apparence physique compte pour entretenir la flamme du désir. Alors, tant pis si le linge s'accumule ou si le volet de la cuisine ferme mal, il faut savoir prendre le temps de s'occuper de soi : la pratique d'un sport, surtout après la quarantaine, est indispensable pour garder une allure tonique. Une séance chez le coiffeur, une nouvelle robe de temps en temps permettent de se plaire et de continuer à plaire à l'autre. Voilà qui n'est pas négligeable. Les petites attentions jouent le même rôle : offrir des fleurs, préparer un petit plat sympa, lui garder un article de journal ou enregistrer son émission préférée... Futiles ? Pas du tout ! Ces petits détails lui montrent que vous cherchez toujours et encore à le (la) séduire, qu'il (qu'elle) ne fait pas partie du décor ! Plus le temps passe, plus la séduction devient vitale. Sans elle, les relations sexuelles s'espacent et l'on sait que moins on fait l'amour, moins on en a envie. Se creuse alors une distance qu'il est difficile par la suite de combler. Trop souvent, chacun pense que puisqu'ils s'aiment, ils n'ont plus d'effort à fournir. Jusqu'à ce qu'un homme fort séduisant et plein d'humour ou une femme sexy et très pétillante vienne troubler la tranquillité conjugale !

Choisir la fidélité active
Avec l'allongement de la durée de vie, on peut espérer, sauf incident de parcours, s'unir pour plus de cinquante ans ! Qui peut jurer qu'il ne regardera jamais dans le pré d'à côté ? Pourtant, tous les spécialistes en témoignent : les infidélités sont une des premières causes de divorce. "En fait, l'infidélité est une arme à double tranchant : soit elle ranime la, flamme du désir, soit elle l'éteint définitivement", constate Willy Pasini.
Autrefois, on ne trompait pas son partenaire parce que la morale le réprouvait. Aujourd'hui, chacun définit son code de conduite à l'intérieur du couple. Certains ferment les yeux, d'autres s'entretiennent sur leurs "escapades". Mais la plupart des couples font de la fidélité un idéal. Comme toujours, de l'idéal à la réalité, il y a parfois un écart... Avec le temps qui passe, la fidélité devient un vrai défi, surtout aujourd'hui, comme l'explique Françoise Sand : "La liberté et l'aventure sont des valeurs fondamentales dans notre société. La tentation du "pourquoi pas " est vite là." En fait, les couples qui résistent le mieux aux coups de canif dans le contrat sont ceux qui ont fait le choix de la fidélité active. Ce sont des partenaires qui décident de s'être fidèles parce qu'ils mettent leur projet de couple au-dessus de tout. "Ce sont des couples qui font preuve de maturité en renonçant à papillonner comme des adolescents pour se prouver leur virilité, côté homme, ou leur pouvoir de séduction, côté femme", explique encore Willy Pasini. Finalement, pour être fidèle, il faut être sûr de soi ! L'humoriste Wolinski, qui affiche trente ans de bonheur conjugal avec sa femme Maryse, confiait un jour à la radio: "Je préfère faire des tas de choses différentes avec la même femme, plutôt que la même chose avec des femmes différentes !"

Conjugal et parental
Lorsque l'enfant paraît, il bouscule l'équilibre du duo. De nombreux couples ne dépassent pas le cap de la première année du bébé. C'est pourquoi il est important d'arriver à dissocier le couple parental du couple conjugal. Dès que l'on est sorti de la période couches-biberons à répétition, le couple doit se ménager des ,,espaces privés", ressortir au restaurant, s'organiser avec la famille ou même les voisins pour se retrouver un peu seul. "On ne prévient pas assez les jeunes parents de la tourmente que représente la naissance d'un bébé. Ils sont donc surpris et désorientés. Ils pensent que c'est idyllique chez les autres et catastrophique chez eux. Personne n'ose en parler ! On s'étend toujours sur ce fameux bonheur de devenir parents, pas assez sur ses difficultés", constate Mathilde Nobécourt, psychothérapeute et auteur d'un ouvrage intitulé Une année dans la vie d'une femme (éd. Albin Michel).
D'ailleurs, ce n'est pas non plus parce que l'on a des soucis avec ses enfants que l'on est un mauvais couple ! "Il existe une confusion aujourd'hui entre couple et parents, poursuit Robert Neuburger. On peut être un bon couple et de mauvais parents, de bons parents et un mauvais couple, de bons parents et un bon couple. Toutes les combinaisons sont permises et les rôles ne se superposent pas. " Il est normal que l'arrivée d'un enfant soit vécue comme une intrusion dans l'intimité conjugale. Ce n'est que petit à petit qu'il va se faire sa place. "D'ailleurs, si la naissance d'un bébé ne modifie rien, c'est que le couple est bâti uniquement sur l'enfant, ce qui n'est bon ni pour lui, ni pour le couple", ajoute ce psychiatre.

Résister aux tempêtes
Tout contribue à bousculer le couple. L'individualisme pousse chacun à rechercher son bonheur au détriment de celui du groupe. La culture du zapping nous entraîne à multiplier les partenaires: un pour le tennis, un pour l'amour, un troisième pour les concerts. "Notre société encense l'idée du couple mais toutes ses valeurs vont à l'encontre de sa stabilité, note Robert Neuburger. À force de répéter aux gens qu'ils doivent être autonomes, ne dépendre de personne, on crée une solitude insupportable. Mais nous avons tous besoin de dépendance affective. Il faut simplement savoir les choisir."
Des facteurs extérieurs tels que le chômage ou une longue maladie peuvent venir ébranler les couples. Il y a cinq ans, une enquête de la Cnam (caisse nationale d'Assurances maladie) indiquait que le chômage entraînait le divorce de deux couples sur trois ! Il semble que ces chiffres soient aujourd'hui nettement en baisse. Pourquoi ? Parce que le monde extérieur se durcissant, le couple devient un des principaux refuges. Au lieu de subir une déstabilisation en cas de coup dur, on a tendance à se serrer les coudes. D'ailleurs, les couples qui survivent aux épreuves en ressortent encore plus forts : "Ceux qui ont affronté, ensemble, de grandes difficultés ont plus de chances que les autres de rester soudés. Avoir à braver un ennemi commun peut être pour le couple un élixir de longue vie", constate Willy Pasini. À deux, on est toujours plus fort !

La dispute fait durer les couples !
Mais oui, contrairement à une idée reçue, un couple qui se dispute ne va pas forcément mal. Mieux encore : une bonne dispute remet les pendules à l'heure ! Elle permet à chacun d'exprimer ses griefs plutôt que de les laisser enfler dans l'ombre. Attention tout de même, savoir se disputer sans tout casser est un art à bien maîtriser. Voici quelques conseils pour devenir un expert en dispute conjugale :
Vider son sac, oui, déverser sa haine, non ! Attention aux paroles irrémédiables dont chacun sort meurtri. On peut ne pas être d'accord, alors on se le dit vivement sans passer par la case "insulte" !
Méfiez-vous des oreilles qui traînent les enfants sont toujours à l'affût des disputes parentales parce qu'ils ont peur qu'elles débouchent sur une séparation.
Il y a les disputes qui servent à se réconcilier sur l'oreiller et celles qui servent à éviter toute intimité... Ces dernières sont un signal d'alarme.
La dispute, c'est comme le bon vin : mieux vaut ne pas en abuser ! Si tout devient motif à empoignade, que ce soit la cuisson du rôti, la couleur des rideaux ou la destination des vacances, c'est que ces disputes à répétition cachent un malaise plus profond.

Quand le couple tangue
Comment ne pas rompre les amarres quand notre couple tangue et menace de prendre l'eau ? La solution de la consultation d'un thérapeute conjugal a sauvé plus d'un couple en perdition. Même s'il n'est pas toujours facile d'aller exposer sa vie intime devant un tiers, les couples qui font appel à cette solution le regrettent rarement. Au pire, ils éclaircissent leurs griefs et s'ils fondent plus tard un autre couple, ils éviteront de refaire les mêmes erreurs. Au mieux, ils retrouvent un deuxième souffle et s'offrent un nouveau départ sur des bases plus saines. Le thérapeute conjugal n'est pas là pour vous juger mais pour vous aider. Si vos problèmes sont d'ordre sexuel, il vous dirigera vers un sexologue. En cas de problèmes personnels trop importants qui dépassent le cadre du couple, il vous conseillera une thérapie personnelle. Au lieu de jeter l'éponge par-dessus bord, il est toujours bon de frapper à la porte d'un spécialiste bienveillant.

Plusieurs organismes proposent des consultations et donnent des adresses à Paris et en province :

  • AFCCC (Association française des centres de consultation conjugale) : 44, rue Danton, 94270 Le Kremlin-Bicêtre, tél. 01 46 70 88 44.
  • Couple et Famille : 28, place Saint-Georges, 75009 Paris, tél. 01 42 85 25 98.
  • ANCCEF (Association nationale des conseillers conjugaux et familiaux) : 5, impasse du Bon-Secours, 75011 Paris, tél. 01 43 70 51 50.
  • CEFA (Centre d'études de la famille association) : 95, boulevard Saint-Michel, 75005 Paris, tél. 01 43 54 98 84.
  • CLER (Centre de liaison des équipes de recherche), association catholique 65, boulevard de Clichy, 75009 Paris.

Le couple

comme une maison


Pour le psychiatre et thérapeute de la famille Robert Neuburger,
le couple est comparable à une maison. Aussi des fondations stables promettent-elles la solidité. Mais, de la cave au grenier, l'intérieur doit être entretenu. Visite guise de la villa témoin avec l'auteur des Nouveaux Couples.

VDF : Sur quoi bâtit-on un couple ?
R.N.: Chaque couple s'invente une histoire qui est à l'origine de sa rencontre. C'est ce que j'appelle le "mythe fondateur' du couple. Deux personnes se racontent une belle histoire à laquelle chacun veut croire. Le mythe s'appuie sur des goûts communs - tiens, il écoute la même musique que moi, elle aime le rouge et noir, etc. - , mais aussi sur des "coïncidences" qui apparaissent comme des signes du destin - le couple a passé toutes ses vacances dans le même village de Bretagne, ils ont chacun un grand-père marin ou alpiniste - ; des détails qui n'auraient eu aucune importance si le couple n'avait pas décidé d'en faire une marque de reconnaissance. Parce que c'était lui, parce que c'était elle,.. Puis viennent ensuite les mythes que l'on instaure pour faire vivre le couple : cela peut être le mythe de la vérité, de la fidélité, de la transparence, des tâches partagée, etc. Aujourd'hui, les normes de couples sont très contraignantes; elles mettent en péril des couples qui fonctionnent bien mais ne se reconnaissent pas dans un idéal qui n'est pas le leur. Chaque couple doit poser les pierres de sa propre maison et la disposition des pièces ne regarde que lui.

Que faire, justement pour que le couple dure ?
Il est nécessaire d'instaurer des petits rituels pour entretenir la magie dans le couple. Pour des montagnards, ce sera de refaire leur première ascension chaque été, pour des gourmets, ce sera un petit restaurant à midi une fois par semaine, en amoureux. Ce sont aussi les petits gestes que l'on a l'un pour l'autre, les noms doux que l'on se donne, les expériences communes, les épreuves traversées... bref, tout ce qui renforce le sentiment d'appartenance. Les rituels, comme le mythe, sont uniques... Et pour la bonne santé du couple, il faut continuer à en inventer, sinon ils se transforment en morne routine.

Pourquoi certaines maisons-couples s'effondrent-elles ?
Il est important de ne pas toucher au mythe en banalisant la rencontre. Amener des copains dans le petit restaurant où l'on à rencontré sa femme pour là première fois peut être vécu par cette dernière comme une trahison : c'est un endroit magique, pas un lieu de rendez-vous commun ! Et puis, pour reprendre l'image de la maison, un certain type de couple ne s'occupe que de là façade et laissent l'intérieur de dégrader. Ce couple-là fait l'admiration de tous et on est tout étonné de le voir, un jour, divorcer ! En fait, ce couple n'a souvent que peu ou pas d'intimité, pas de rituels.. À l'inverse, on trouve des couples qui soignent la décoration intérieure mais oublient de repeindre les volets! Eux ont le problème inverse : tout le monde se demande ce qu'ils peuvent bien faire ensemble! Cela dit, le couple, même s'il s'entend bien, a besoin d'être reconnu par l'extérieur, S'il se présente comme une citadelle impénétrable, il risque de mourir asphyxié..

Dans le couple, dites-vous, on est toujours trois…
Pour former un couple, il faut deux personnes ... et un couple. Plus encore que de son partenaire, avec le temps, chacun est amoureux du couple qu'il forme.

Les Nouveaux Couples, de Robert Neuburger, éd. Odile Jacob.

Dia - lo - guez !


Les spécialistes n'arrêtent pas de nous le répéter: un couple qui va bien est un couple qui communique. Oui, mais voilà, le problème c'est que, hommes et femmes, nous ne parlons pas toujours la même langue. Cinq scènes de la vie courante avec arrêt sur les mots.

Elle évoque ses soucis à voix haute
Il rumine ses ennuis en silence

Devant les difficultés de la vie, hommes et femmes n'ont pas la même façon de réagir. Au quotidien, voilà ce que cela donne "Qu'est-ce qu'il y a qui ne va pas ?", demande-t-elle avec anxiété. "Mais rien!", répond, un brin énervé, son compagnon... L'homme préfère s'enfermer dans sa tanière pour ruminer ses soucis jusqu'à ce qu'il les ait digérés. La femme, elle, a besoin de s'exprimer haut et fort sur ce qui la tourmente. D'où son incompréhension totale devant le mutisme masculin. Côté homme, on ne comprend pas mieux la façon totalement embrouillée qu'ont les femmes d'exposer leurs soucis. En vidant leur sac, elles font le tri, quitte à mélanger tous les niveaux. "Les hommes se plaignent du manque de rigueur de leur femme dans la discussion. Elles font des allers-retours, émettent des hypothèses, les abandonnent pour revenir à la première", constate Françoise Sand, conseillère conjugale. Or, les hommes ont une sainte horreur du suspense. En fait, pour les tenir en haleine, il faudrait que les femmes commencent à raconter leurs histoires... par la fin ! Ce n'est sans doute pas un hasard si les femmes sont les reines du roman policier!

Elle n'a pas de solution
Il ne voit pas où est le problème

"Je ne vois aucune solution", soupire la femme devant l'impossibilité de faire garder les enfants ce week-end. "Bon, ben c'est pas grave", répond l'homme pour clore la discussion. En fait, ce n'est pas du tout ce qu'elle attend de lui ! Elle est partie pour discuter des heures de ce problème et trouver justement une solution grâce à la parole. Du coup, elle se sent seule et abandonnée. Le thérapeute John Gray a son explication: "L'homme a l'obsession des solutions. Il se sent très malheureux quand sa femme lui pose des problèmes insolubles. Devant le désarroi de leur compagne, les hommes entendent: "Tu n'es pas capable de m'aider!" Et comme la femme se sent effectivement "lâchée" devant ce problème apparemment insoluble, chacun s'enferme dans le mutisme et la rancœur" Rien de tel pour gâcher une soirée !

Elle suggère ses désirs
Il a besoin de point sur les i
Pour illustrer cette différence, John Gray raconte une anecdote savoureuse : "La scène se passe sur l'autoroute. La femme demande:
<<Tu ne prendrais pas un café?>> <<Non merci>>, répond l'homme. Et alors là, elle explose : <<Oui, c'est toujours pareil, si c'était toi qui en avait envie, cela ferait longtemps que l'on se serait arrêtés!>>" Cette histoire en dit long sur nos différences de comportement. La femme suggère ses envies, mais ne les affirme pas. Elle préfère que son compagnon les devine... Oui mais voilà, lui aime que l'on appelle un chat un chat et une envie de café par son nom ! Même chose pour les plaintes... Elle va dire un soir en soupirant : "On ne va jamais au restaurant." Et lui, tout étonné, répliquera : "Mais si, on y est allés le mois dernier." Alors là, c'est ne vraiment rien comprendre à l'art de la suggestion féminine ! Derrière cette constatation il aurait fallu entendre: "On ne va pas assez souvent au restaurant." Une question de nuance qui peut vite dégénérer en dispute. "Pour une femme, être entendue à demi-mot est la preuve de l'amour que lui porte son compagnon. Elle aime qu'on la devine, l'homme aime qu'on lui demande", commente Françoise Sand. Voilà comment on se retrouve à dîner devant la télé ! Pour y remédier, les femmes devraient utiliser un vocabulaire plus précis, et les hommes, développer l'art de lire entre les lignes.

Elle conseille
Il a horreur de ça !

Les femmes adorent les conseils ; en donner, mais aussi en recevoir. Elles n'hésitent pas à téléphoner à leur meilleure amie pour connaître son avis sur telle ou telle attitude à tenir. Pleines de sollicitude, les femmes se mettent en tête de faire la même chose avec leur compagnon. Erreur funeste ! Les hommes, eux, ont horreur d'être conseillés. De plus, elles ont l'art de dispenser leurs suggestions alors qu'on ne leur a rien demandé (évidemment !).
"Donner un conseil ou apporter de l'aide à quelqu'un est vécu très différemment par les deux sexes : pour une femme, c'est une marque d'intérêt et de sympathie. Pour un homme, c'est lui signifier son incompétence. Or, ce qu'un homme redoute par-dessus tout, c'est de ne pas être à la hauteur d'une situation", explique le psychiatre Alain Braconnier.

Elle demande : "Peux-tu ?"
Il préférerait :"Veux-tu ?"

Les femmes souffriraient-elles de trop de politesse ? Pour demander un service à leur compagnon, elles utilisent plus volontiers la formulation "Peux tu m'accrocher les rideaux, garder Cécile, aller faire le marché, etc. ?" S'il réagit en traînant les pieds, c'est sans doute que la question est mal posée. Selon John Gray : "Les hommes détestent tout ce qui souligne leur incapacité. Les femmes, croyant la formule plus polie, préfèrent utiliser le verbe "pouvoir" au lieu de "vouloir". Résultat: les hommes ont l'impression que l'on met en doute leurs capacités." Et vous voudriez que la vie de couple soit un long fleuve tranquille ?

Ne dites plus...

dites...

Elle

Elle

  • On ne sort jamais.
  • J'aimerais sortir jeudi.
  • Les courses sont dans l'entrée !
  • Tu veux bien m'aider à ranger les courses ?
  • J'ai froid !
  • Tu veux bien augmenter le chauffage ?
  • C'est à cette heure-ci que tu rentres ?
  • Les enfants et moi, nous aimerions te voir davantage.

Lui

Lui

  • Mais si, je t'écoute !
  • Excuse-moi, je n'ai pas bien écouté. Tu veux répéter ?
  • Ce n'est pas si grave que ça !
  • Je comprends ton inquiétude.
  • Mais si je t'aime, je suis là, non ?
  • Pourquoi es-tu inquiète ?
  • Si tu n'es pas heureuse, on n'a qu'à divorcer !
  • Dis-moi ce qui ne va pas.

Les balèzes du dialogue
Les femmes sont douées pour la parole ! C'est ce qu'a montré le psychanalyste Darian Leader, grâce à une expérience édifiante. A un groupe de fillettes et de garçonnets, il a posé cette question "Il y a un loup qui met son museau à la fenêtre de votre maison. Qu'est-ce qu'il va faire ?"
Les petits garçons ont tous répondu "Il va nous dévorer !" Les petites filles, elles, ne se sont pas dégonflées pour autant ; elles ont dit : " On va aller lui demander.
D'où vient cette disposition pour le dialogue dès le plus jeune âge ? On a constaté que les mères parlent beaucoup plus souvent à leur petite fille qu'à leur petit garçon.
Elles les encouragent à exprimer leurs émotions, à mettre des mots sur les choses, à poser des questions. Voilà pourquoi nos filles n'ont pas peur du loup !
Les hommes viennent de Mars, les femmes de Venus
Le livre du psychothérapeute américain John Gray est un best-seller aux États-Unis.
Il y explique, exemples à l'appui, en quoi la communication dans le couple est une source inépuisable de malentendus ! En connaissant mieux les attentes affectives des hommes et des femmes, qui vivent sur des planètes différentes, il suggère d'éviter de projeter son propre comportement sur son conjoint. Non, il ne va pas forcément nous dire ce qu'on lui dirait dans la même circonstance.
Oui, elle doit accepter que silence n'est pas mépris...
Un peu caricatural, mais très instructif !

  • Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus, de John Gray, éd. J'ai lu.
  • A quoi penses-tu ?, de Darlan Leader, aux éd. Odile Jacob.
  • Le Couple au risque de la durée, de Françoise Sand, éd. du Cerf.
  • Le Sexe des émotions, d'Alain Braconnier, coll. Opus, éd. Odile Jacob.

 

Source : Vies de famille - Novembre 1999

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