Retour Prostate quand doit-il s'inquiéter ?


La prostate fait partie de ces organes qui passent inaperçus tant qu'ils n'entraînent pas de troubles. Les problèmes urinaires chez les hommes à partir de cinquante ans en font généralement état. Au-delà de la gêne occasionnée, les affections prostatiques sont souvent mal vécues par les intéressés, qui y voient non seulement un signe de vieillissement mais aussi une atteinte à leur virilité.

Située sous la vessie au carrefour des voies urinaires et génitales (ces dernières étant moins distinctes chez l'homme que chez la femme), la prostate (le mot grec prostates signifie " qui se tient en avant " en référence au trajet suivi par le sperme avant l'éjaculation) est une glande sexuelle qui intervient dans la reproduction. En effet, elle produit un liquide qui sert à fluidifier le sperme tout en lui apportant des éléments nutritifs. Le volume du sperme est pour moitié composé de liquide prostatique. Mais son rôle ne s'arrête pas là : elle aide les spermatozoïdes à préserver leur précieux capital héréditaire, en fabriquant pour chacun d'entre eux une armure protectrice riche en zinc.

La prostatite
A la différence des autres maladies de la prostate (cancer ou adénome), la prostatite n'attend pas cinquante ans pour se manifester. On distingue la prostatite aiguë, dont le symptôme principal est l'accès fébrile, de la prostatite chronique, qui entraîne des douleurs et des troubles urinaires. D'ailleurs, toute fièvre inexpliquée survenant par àcoups chez un homme de plus de trente-cinq ans doit faire penser à une infection prostatique. Le diagnostic repose sur le toucher rectal, qui met en évidence une prostate tendue et douloureuse, et un antibiogramme, qui permet d'identifier le germe responsable et de traiter avec un antibiotique adéquat et des anti-inflammatoires. Sauf retard ou erreur de diagnostic, c'est une affection qui se soigne bien et ne laisse pas de séquelles.

L'adénome prostatique
L'hypertrophie bénigne de la prostate (HBP, ou adénome prostatique) constitue la troisième cause des dépenses de santé dans les pays industrialisés. Rien d'étonnant puisque ce problème touche près de deux hommes sur trois après soixante ans. La prostate se caractérise en effet par son caractère hormono-dépendant (elle se développe à partir de la puberté sous l'effet d'une hormone mâle, la dihydrotestostérone). En cela, elle constitue ce que l'on appelle un organe cible (tout comme les seins chez la femme par le biais des œstrogènes). La meilleure preuve, c'est que les fameux castrats de la chapelle Sixtine, opérés très jeunes (la castration atrophie la prostate et l'empêche de se développer), n'ont jamais souffert de maladies prostatiques.

Plus l'homme avance en âge, et plus la prostate augmente de volume. C'est un phénomène normal à partir de quarante ans. L'hypertrophie, aussi longtemps qu'elle ne perturbe pas la miction (l'action d'uriner), n'est pas en soit un motif de consultation. C'est la localisation de cette augmentation de volume qui importe, plus que le volume en lui-même. En effet, si le tissu hypertrophié s'étend vers la périphérie de la glande, il ne provoquera aucun trouble. En revanche, si l'adénome est situé à proximité de l'urètre, il va l'écraser, et de ce fait gêner la miction. Le principal trouble sera alors la rétention d'urine.

L'adénome se développe en partant du centre de la glande. Prenons l'image de l'œuf à la coque. Dans le cas de l'adénome, c'est l'œuf qui grossit; dans le cas du cancer, c'est le coquetier qui est touché en premier, c'est-à-dire la périphérie de la glande. Ce qui signifie que la progression peut se faire silencieusement sans toucher l'urètre, et donc sans gêner la miction. Pour le premier, les symptômes sont toujours urinaires. Pour le second, des troubles n'apparaissent qu'à un stade assez avancé. Les symptômes seront d'une toute autre nature : impuissance subite, douleurs extra-urinaires. On ne le rappellera jamais assez : un adénome ne se transforme jamais en cancer (mais il peut lui être associé).

Les mictions impérieuses
Lorsque la glande grossit, en appuyant sur urètre, elle gêne la vessie, ce qui entraîne des envies fréquentes d'uriner, même lorsque la vessie n'est pas pleine : c'est ce que l'on appelle les mictions impérieuses. S'y ajoutent une difficulté à uriner (la force du jet est amoindrie), des mictions qui s'éternisent, avec ce que l'on appelle les " gouttes retardataires " qui s'évacuent parfois alors qu'on a l'impression d'avoir fini. La plupart de ces troubles surviennent au réveil, le premier jet étant le plus difficile à obtenir Pris isolément ces symptômes ne sont pas spécifiques d'un adénome. C'est leur association qui doit faire penser à une maladie de la prostate. Il ne faut pas les ignorer car, si les complications sont rares, elles sont sérieuses dans la mesure où les reins peuvent se dilater et ne plus accomplir normalement leur travail de filtration.

Oui au diagnostic précoce,
non au dépistage de masse

Le cancer de la prostate représente le cancer le plus fréquent chez l'homme après cinquante ans, et le deuxième en terme de mortalité (8 000 décès par an) juste derrière le cancer du poumon. On dispose aujourd'hui d'un examen relativement simple qui consiste à doser le PSA, lequel constitue l'un des meilleurs marqueurs d'une éventuelle tumeur de la prostate. Mais il a ses limites.

Le dépistage systématique n'apparaît pas justifié en terme de santé publique. C'est du moins l'avis de l'Association française d'urologie, ainsi que des autorités sanitaires (le coût en serait exorbitant : 1 % du budget de l'État). Le dépistage doit se pratiquer individuellement et de façon ciblée.

Il est donc raisonnable, à partir de cinquante ans, de faire pratiquer un toucher rectal tous les ans, et éventuellement un dosage du PSA (en cas d'examen clinique suspect).

Le processus cancéreux
Le cancer de la prostate est moins fréquent que l'adénome, et son incidence augmente avec l'âge (et avec l'espérance de vie, qui ne cesse de s'allonger). Il touche essentiellement des hommes de plus de soixante-quinze ans. Chez un homme plus jeune, détecté et traité précocement, le cancer de la prostate est
parfaitement guérissable, soit par la radiothérapie, soit par la chirurgie (prostatectomie radicale, c'est-à-dire ablation de la totalité de la glande). En l'état actuel des connaissances, il semble que les résultats obtenus avec la chirurgie soient légèrement supérieurs à ceux de la radiothérapie. Il va sans dire que plus le diagnostic est précoce et plus les chances de guérison sont élevées.

Reste que la décision d'une telle opération doit être prise par un patient bien informé des bénéfices et des risques. Une prostatectomie radicale a sur la vie sexuelle des conséquences plus lourdes que la résection endoscopique d'un adénome. Cependant des moyens thérapeutiques existent qui permettent de traiter ces troubles sexotherapie, médicaments (le Viagra est actuellement en cours d'évaluation), et autres moyens inducteurs d'érection (injections intracaverneuses). L'ouverture de consultations d'andrologie au sein des services d'urologie a permis de dédramatiser de nombreuses questions et d'y apporter des solutions efficaces permettant aux patients de retrouver une vie sexuelle harmonieuse.

 

Les traitements
Lorsque la gêne entraînée par l'adénome est supportable, il existe un certain nombre de médicaments qui agissent sur les symptômes. Les uns (alphabloquants) facilitent l'ouverture du col de la vessie et donc la miction; les autres (inhibiteurs) peuvent faire diminuer le volume de l'adénome. Il est important de :

- boire suffisamment dans la journée, de manière à éviter tout risque d'infection ou de calculs, peu le soir pour ne pas être réveillé par une envie pressante

- éviter certains aliments trop gras ou épicés, l'alcool, les longs voyages en position assise

- faire de l'exercice, plutôt de la marche que de l'équitation ou du vélo dans la mesure où ces deux sports entraînent une compression des vaisseaux du bas-ventre, ce qui peut aggraver les troubles.

La chirurgie
Il existe deux techniques. Lorsque l'adénome est petit (moins de 60 g) la résection endoscopique consiste à extraire, copeau par copeau, la partie hypertrophiée, à laide d'un petit appareil électrique appelé résecteurs, que le chirurgien introduit dans le canal de l'urètre. Pour les adénomes plus volumineux, on doit recourir à la chirurgie traditionnelle par voie haute. Reste qu'envisager une intervention chirurgicale est souvent une décision difficile à prendre, d'autant plus que l'évolution de l'adénome est imprévisible. La seule chose dont on soit sûr, c'est qu'il ne peut pas se transformer en cancer.

La sexualité
Elle fait partie des conséquences qui préoccupent le plus les hommes. Il faut savoir que le seul mécanisme sexuel perturbé après l'opération est l'éjaculation. Celle-ci ne pouvant plus se faire vers l'avant, s'opère dans la vessie (éjaculation rétrograde). Sa conséquence logique est naturellement l'infertilité. Toutes les autres fonctions sont conservées, et si troubles de la libido il y a, ceux-ci sont d'ordre psychologique, et en aucune façon liés à l'opération. Il est toutefois conseillé d'attendre un mois à un mois et demi avant de reprendre son activité sexuelle. Si les troubles persistent il ne faut surtout pas hésiter à demander une consultation spécialisée.


A l'examen...
Le premier examen clinique est le toucher rectal, qui permet à l'urologue d'apprécier la consistance, le volume et les limites de la prostate. C'est le plus important, car il donne la première orientation avant de procéder à d'autres examens. Si, en dépit de son augmentation, la prostate reste lisse et élastique, la probabilité est grande pour qu'il s'agisse d'un adénome. En revanche, si elle apparaît dure et irrégulière, on peut soupçonner un cancer.

Le taux de PSA (antigène spécifique de la prostate) est un précieux indicateur lorsqu'il est correctement interprété (et corrélé au volume de la glande). Mais il faut savoir qu'il existe un risque de faux négatifs (comme de faux positifs).

L'antigène spécifique prostatique est plus un marqueur biologique spécifique du tissu prostatique que du cancer. Son taux peut augmenter en cas de cancer mais aussi d'adénome ou même de prostatite.
En revanche, son dosage est devenu un examen courant pour la surveillance du cancer après traitement.

Autrement dit, il ne faut jamais perdre de vue que le taux de PSA augmente avec la taille de la glande, c'est-à-dire avec l'âge du patient. Certes, une cellule cancéreuse sécrète dix fois plus de PSA qu'une cellule adénomateuse, mais un adénome de grande taille peut entraîner un taux de PSA élevé. C'est donc bien le toucher rectal qui permet de faire la différence.

L'échographie transrectale renseigne sur le volume de la prostate, les répercussions sur les voie urinaires, ainsi que sur l'éventuel résidu d'urine dans la vessie.
Mais le seul examen qui permet d'obtenir une certitude en cas de suspicion de cancer reste la biopsie.

 

Source : Réponses Santé - Septembre 2000

^

Free counter and web stats