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Le stress:

causes et solutions


La même situation peut être source de plaisir et d'excitation ou engendrer un stress chronique qui nous conduira à diverses maladies psychologiques et physiques. C'est la façon de canaliser nos énergies naturelles devant les situations d'urgence qui fait la différence.

En comprenant bien les origines du stress et les mécanismes qui l'engendrent, il est possible de dépasser les solutions classiques qui ne s'attaquent qu'aux symptômes. On peut alors adopter une méthode de gestion de soi et de sa situation qui agit sur les causes de notre stress et l'empêchent de devenir chronique.

Introduction Qu'est-ce que le stress ? La gestion inadéquate de la pression
Les solutions au stress Ma solution préférée Conclusion

Introduction

Il y a 40 ans, le mot "stress" commençait à peine à être connu. Maintenant, c'est une réalité que plusieurs considèrent comme un problème normal de la vie moderne. Le stress est le lot quotidien d'une majorité de personnes dans leur travail, mais il atteint également les enfants, les adolescents et les personnes âgées.

Selon l'American Institute of Stress, ce problème est à l'origine de 75 à 90% des nouvelles consultations médicales et de 60 à 80% des accidents de travail. Les coût du stress seraient plus élevés que ceux de toutes les grèves mises ensemble. Ces coûts se manifestent sous forme d'absentéisme, de perte de productivité, de rotation de personnel, d'accidents, de frais médicaux et légaux directs ainsi que d'assurances et de compensations. Cette situation s'aggrave d'année en année.

On ne peut plus ignorer le stress ou simplement le tolérer en attendant que la situation devienne moins exigeante. Les pressions ne disparaîtront pas: elles font partie de notre vie quotidienne "normale". Il faut maintenant apprendre à "gérer notre stress".

Pour y parvenir, il faut comprendre d'où vient le stress: quels facteurs le provoquent et quels mécanismes l'engendrent. En nous appuyant sur cette compréhension, il devient possible de savoir ce que nous pouvons faire pour empêcher les pressions de provoquer chez nous un stress chronique et le cortège des maux physiques et psychiques qui viennent à sa suite.

Qu'est-ce que le stress ?

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Le stress est l'état de tension chronique (à la fois physique et psychique) qui découle d'une façon inadéquate de gérer la pression (psychique) pendant une période prolongée. Plusieurs ingrédients sont nécessaires pour créer un stress.

Il faut:

  1. une situation comportant de la pression (psychique);
  2. pendant une période prolongée (autrement, il ne s'agira que de tension passagère);
  3. une façon inadéquate de réagir à cette situation.

Il ne sera pas question ici de stress post-traumatique et de stress physique. Il s'agit de réalités d'un autre genre dont les causes et les solutions sont différentes. C'est uniquement le stress psychologique classique que nous étudierons.

Paul est journaliste à la radio. Chaque jour il doit choisir le sujet de son article, faire les recherches nécessaires, écrire sa chronique, faire toutes les vérifications ou corrections nécessaires et la lire en ondes à 16:32 heures. C'est le cycle normal de sa journée de travail, quand tout va bien. La situation idéale pour souffrir de stress.

Gisèle est à la fois mère de 2 enfants, épouse d'un gestionnaire dont l'entreprise fait face à des difficultés et coordonnatrice d'un groupe de travail dans un organisme de santé. Chaque jour, elle veille à nourrir sa petite famille avant de se rendre à son travail. Son conjoint se charge de conduire le plus jeune à la garderie, mais c'est elle qui doit aller le chercher en fin de journée. Elle a beaucoup de difficulté à tolérer les sautes d'humeur et les caprices d'un des membres de son équipe au travail, les résultats scolaires médiocres de sa fille aînée et le manque de disponibilité de son conjoint qu'elle trouve trop accaparé par son travail. Le soir, après que tous ont mangé et que les enfants sont enfin couchés, elle se retrouve complètement épuisée. Les jours où tout se déroule normalement, quand personne n'est malade et qu'il n'y a pas de grève ou de rumeurs de mise à pied, c'est sa vie normale! Qui lui reprocherait d'être stressée?

Paul et Gisèle sont-ils stressés? Ils sont sûrement dans des situations pour le devenir. Les pressions qu'ils subissent sont importantes et elles font partie de leur mode de vie habituel. Il ne manque que le troisième ingrédient: la réaction inadéquate à la pression. C'est cette façon d'agir qui fait toute la différence.

Paul trouve sa vie passionnante! Il aime écrire, faire des recherches, rencontrer de nouvelles personnes et apprendre de nouvelles choses. Il aime également l'intensité des dernières minutes avant de prendre le micro, les corrections ou les additions à la volée, en direct sur les ondes. Paul ne souffre pas de stress et on ne trouve pas chez lui les troubles et les malaises caractéristiques des gens stressés. Mais une autre personne pourrait facilement, dans les mêmes circonstances, souffrir d'un stress considérable et destructeur.

Gisèle a beau être dans une situation encore plus exigeante, elle ne présente pas les symptômes typiques du stress: nervosité, migraines, insomnie, troubles de digestion, difficultés de concentration, irritabilité, agitation, palpitations, maux de dos, troubles de mémoire... Gisèle a exactement le genre de vie qu'elle désire: une vie pleine et captivante où elle s'épanouit dans toutes ses dimensions importantes. Bien sûr elle aimerait avoir plus de temps libre, seule avec son mari, et consacrer plus de temps à être avec les enfants. Elle tente de compenser un peu pendant le week-end et elle traite les vacances en famille comme une priorité absolue.

Comment est-ce possible? Ces personnes ont "une vie tellement stressante" comparativement à d'autres.

Maurice, par exemple, occupe un poste de professionnel dans un des plus importants ministères, avec la sécurité d'emploi et tous les bénéfices marginaux qui le protègent contre les imprévus. Malgré tout ça, il souffre de stress: il dort mal, il fait de plus en plus d'erreurs d'inattention au travail, sa digestion est difficile, se ronge les ongles, attrape toutes les grippes et fait fréquemment des sautes d'humeur qui l'étonnent lui-même. En fait, Maurice est rongé et hanté par son conflit avec son patron. Il se rend au travail à reculons, rumine toute la journée ses insatisfactions et ses projets de vengeance. Toute sa vie est empoisonnée par ce conflit: il est distant avec ses collègues, irritable avec ses enfants, belliqueux avec son épouse; il s'en prend même au chien! Au bout du compte, ses relations avec les autres sont devenues tellement mauvaises que sa conjointe pense sérieusement au divorce, ce qui évidemment n'améliore pas la situation pour Maurice.

1. Quelle pression engendre le stress?

La pression psychique nécessaire pour engendrer le stress est une réaction psycho-physiologique devant une urgence. Trois genres de causes peuvent provoquer cette réaction d'urgence:

  1. les changements rapides, (positifs ou négatifs),
  2. les menaces ou les dangers que nous rencontrons (objectivement fondés ou non) et
  3. notre impression (justifiée ou non) d'avoir à réagir rapidement à la situation.

Lorsque nous sommes dans une situation d'urgence, notre organisme se mobilise intensément pour être capable d'y faire face adéquatement. C'est la sécrétion d'adrénaline qui permet de rendre instantanément disponibles les ressources de notre organisme. Elle augmente l'acuité de nos sens et de nos perceptions, la rapidité de nos réflexes et la force de nos muscles.

L'exemple le plus clair de cette situation d'urgence, c'est la situation où on est sur le point d'avoir un accident sur la route à cause d'une situation dangereuse qui survient à l'improviste. Mais il arrive souvent que le danger soit moins soudain et moins directement évident. C'est le cas, par exemple, lorsqu'on craint qu'une autre personne nous attaque ou nous enlève quelque chose d'important à tout moment. Parce que le danger est permanent, toujours imminent mais jamais terminé, il conduit plus facilement au stress chronique. C'est ce qui se passe dans le cas de Maurice: sa relation avec son patron est très importante, mais il ne se passe rien de bien grave. Toute la pression vient de l'appréhension et de l'anticipation.

2. La réaction naturelle

La suite normale à cette violente mobilisation générale est une action vigoureuse qui utilise les ressources rendues disponibles par la décharge d'adrénaline. Selon la situation et les décisions que nous prenons sur le moment, cette action est une fuite ou un combat: on agit pour éviter le danger qui nous menace ou pour combattre l'obstacle qui se dresse devant nous.

L'action vigoureuse rétablit l'équilibre psycho-physiologique et entraîne une sensation de bien-être et de satisfaction. Subjectivement, on éprouve un plaisir lié à l'intensité de ce que nous avons vécu. La fatigue et le besoin de récupérer apparaissent naturellement ensuite pour compléter le cycle. On ressent alors ce qu'on appelle une "bonne fatigue".

Dans la mesure où ces suites naturelles peuvent avoir lieu, le stress chronique destructeur est impossible. On parle alors de stress positif ou, plus communément, d'une vie excitante! Certaines personnes deviennent même "accrochées" à l'adrénaline: ces moments de mobilisation intense accompagnée de peur et d'action vigoureuse deviennent leur principale façon de se sentir vivantes. C'est, par exemple, une dimension importante de la passion du jeu ou de la pratique des sports extrêmes.

Par contre, si le passage à l'action n'a pas lieu, les risques de souffrir de stress augmentent considérablement. C'est alors qu'on peut parler d'une gestion inadéquate de la pression. Une seule expérience ne suffit pas à engendrer un stress chronique: il faut une répétition fréquente de cette pression mal gérée.

La gestion inadéquate de la pression

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En examinant la façon dont les personnes stressées réagissent à la pression qui fait partie de leur situation, on peut identifier deux défauts fondamentaux et deux facteurs qui aggravent le stress. Les deux défauts sont des erreurs importantes dans la façon d'agir dans la situation qui engendre de la pression. Les facteurs aggravants sont plutôt liés aux caractéristiques de la situation.

1. Les façons inadéquates de réagir

Comme on l'a vu plus haut, la mobilisation générale de l'organisme en situation d'urgence conduit naturellement à une action de grande intensité. Elle sert précisément à la rendre possible. La première erreur que fait la personne stressée, c'est d'inhiber cette action que la situation d'urgence rend nécessaire.

 

a) Inhibition de l'action

Pour diverses raisons (dont certaines sont bonnes), la personne se retient d'agir en atténuant l'intensité de son action ou en lui imposant des limites qui forcent l'action à demeurer incomplète. Souvent, elle va plus loin en arrêtant complètement son action, en la remplaçant par de l'immobilité. Parfois aussi, elle cherche à dissimuler ses réactions: elle s'efforce de demeurer inexpressive ou d'éliminer l'intensité de ses réactions. Les motifs pour cette inhibition volontaire sont très variables et souvent ils sont pertinents, au moins en partie. Mais quelles que soient les raisons et leur pertinence, cette inhibition transforme en tension, en malaise, en angoisse et en effets physiques l'énergie qui aurait dû servir à l'action.

Lorsque la situation d'urgence ne dure pas, cette inhibition a peu de conséquences. Mais s'il s'agit d'une situation qui se répète souvent ou qui dure longtemps, cette retenue générale devient intolérable et on ajoute bientôt une deuxième forme d'inhibition pour rendre la première plus efficace.

b) Neutralisation de l'information

Lorsque la situation d'urgence dure longtemps ou se répète souvent, la personne stressée en vient vite à tenter d'éliminer la réaction d'urgence elle-même. Pour être capable de continuer à endurer la situation, elle refuse ses réactions et tente de les éliminer de sa conscience. Elle tente alors d'ignorer les indices qui devraient l'informer sur sa situation (ses sensations et ses émotions). (Voir à ce sujet "À quoi servent les émotions?" .)

Elle s'efforce aussi de tolérer l'anxiété presque permanente qui résulte de ce refus de ses réactions. Plus souvent encore, la personne entreprend en plus de se dissimuler son anxiété par toutes sortes de moyens indirects: alcool, travail compulsif, somnifères, anxiolytiques... En agissant ainsi, elle perd cependant les moyens qui pourraient lui permettre de trouver des solutions. (Voir à ce sujet "L'anxiété et l'angoisse, les Vigiles de l'équilibre mental" .)

2. Les facteurs aggravants

a) La durée du déséquilibre

Le premier facteur est non seulement aggravant mais il est aussi nécessaire à la création du stress. C'est la durée du déséquilibre provoqué par la situation d'urgence mal gérée.

Chaque personne est capable de réagir adéquatement en situation d'urgence. Notre organisme nous amène à nous mobiliser rapidement et à agir efficacement dans ces situations. Mais il faut que cette urgence ait une durée limitée et débouche sur une action qui utilise l'énergie disponible et rétablit l'équilibre. Autrement, les phénomènes sains de mobilisation deviennent dangereux.

Peu à peu, on développe une intolérance aux situations de tension. Cette allergie devient de plus en plus forte si on ne trouve pas de solutions réelles. Elle débouche éventuellement sur des lésions physiques. Celles-ci ont tendance à attaquer plus particulièrement les systèmes digestif, cardiaque et cutané.

b) Les conflits interpersonnels

Un deuxième facteur a souvent pour effet d'aggraver et d'accélérer les effets nocifs du stress chronique. Il s'agit des conflits interpersonnels. Ceux-ci font partie des facteurs stressants connus depuis longtemps, mais ils semblent avoir une importance particulière qui augmente l'effet négatif de la tension mal gérée.

Il faut comprendre que les conflits interpersonnels durables peuvent être psychologiquement très menaçants tout en ne favorisant pas une action vigoureuse qui permette de rétablir l'équilibre. Souvent, nous croyons qu'il vaut mieux retenir et cacher nos réactions intenses face à une personne avec qui nous avons un tel conflit. Ce serait lui donner des armes ou lui reconnaître un pouvoir que de réagir ouvertement avec toute l'intensité qui nous habite. L'intensité avec laquelle nous sommes atteints ne peut s'exprimer et nous faisons exactement les choix qui débouchent sur le stress.

De plus, les relations interpersonnelles sont un moyen utile pour rétablir notre équilibre: se confier à un ami, lui exprimer nos réactions, discuter avec lui nos options sont des moyens privilégiés pour gérer les situations de tension et exploiter notre énergie de façon constructive. Discuter du problème avec la personne concernée est évidemment un autre moyen d'action efficace pour retrouver l'harmonie. Le fait d'être en conflit nous enlève ces moyens précieux, car ce sont souvent les personnes importantes pour nous qui sont impliquées dans le problème ou seraient concernées par les solutions.

Les solutions au stress

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Les solutions généralement proposées se retrouvent en trois groupes: les techniques isolées, les méthodes de gestion du stress et les méthodes préventives. Dans la plupart des cas, on propose une combinaison d'au moins deux de ces groupes.

1- Les techniques isolées

Plusieurs méthodes simples sont bien connues. La plupart des gens qui veulent diminuer leur stress utilisent quelques unes de ces techniques. En voici une liste sommaire:

Relaxation (yoga, massage, détente, hypnose, méditation transcendantale)
L'humour et les distractions
La rationalisation (se raisonner, évaluer le réalisme des craintes, pensée positive)
Alimentation (éviter tous les excitants et stimulants)
Régime de vie (éviter toutes les situations qui excitent, particulièrement en soirée)
Exercice physique (surtout aérobic).

En général, ces techniques sont peu efficaces pour régler un problème de stress car elles s'attaquent essentiellement aux symptômes et non aux causes du stress. Les spécialistes ne les recommandent que pour compléter une autre méthode.

La seule exception: l'exercice physique intense. Ce moyen est efficace de façon immédiate et par lui-même parce qu'il permet la dépense d'énergie nécessaire en réponse à la mobilisation générale de l'organisme. Un sport violent ou un exercice aérobic correspondent à la réaction de combat ou de fuite commandée par notre organisme. Mais il s'agit d'une solution temporaire: il faudra éventuellement corriger la situation qui provoque la mobilisation.

2- La gestion du stress

Les méthodes de gestion du stress cherchent à aller plus loin que l'élimination des symptômes. Elles considèrent que les facteurs de stress existent objectivement et que c'est la situation qui est effectivement stressante. Le stress devient un fait inévitable avec lequel il faut apprendre à vivre et qu'il faut garder dans des limites tolérables. C'est donc le niveau de stress qu'on cherche à contrôler.

Les techniques isolées (voir plus haut) sont utilisées pour maintenir l'intensité à un niveau raisonnable. On fait particulièrement appel à l'examen objectif de la situation et à l'information (rationalisation) pour aider la personne à reprendre un certain contrôle sur sa situation.

3- Les méthodes préventives

Contrairement à la précédente, cette méthode s'appuie sur le désir d'éliminer le stress (plutôt que de vivre avec). On cherche à rétablir un équilibre sain dans l'ensemble de la vie de la personne. On insiste sur la nécessité de changer son mode de vie afin d'en adopter un qui corresponde mieux à ce qu'elle peut tolérer harmonieusement.

Cette approche est la plus souvent utilisée avec les personnes qui ont souffert d'un burnout. Elle est particulièrement pertinente dans ces cas parce que la personne a dépassé les limites de sa résistance à un point tel qu'elle est devenue incapable de revenir à ses anciennes façons de faire. Elle a développé une intolérance à la pression. C'est l'occasion de revoir l'ensemble de l'organisation de sa vie afin qu'elle soit viable à long terme.

Ma solution préférée

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D'après mon expérience personnelle et ce que j'ai vu chez mes clients, il me semble que la meilleure solution au stress s'appuie sur deux piliers essentiels: une bonne utilisation de la réaction d'urgence (gestion de soi) et une bonne utilisation de l'information fournie par nos réactions et nos émotions (gestion de la situation). Cette façon de faire est différente de ce qu'on appelle généralement la gestion du stress, tout en intégrant plusieurs de ses éléments essentiels.

1- Gestion de soi

Pour empêcher le stress d'apparaître ou de s'amplifier, il est important de permettre à la mobilisation de notre organisme de déboucher sur l'action pour laquelle elle nous prépare. L'adrénaline doit servir à l'action! La réaction de notre organisme nous prépare à fuir ou affronter le danger: il faut que cette bataille ou cette fuite aient lieu pour rétablir notre équilibre.

Si cette action vigoureuse et intense a lieu, le stress sera remplacé par du plaisir et de l'excitation. C'est par cette intensité dans l'action qu'on élimine la cause principale du stress: la retenue et l'inhibition qui empêchent d'utiliser l'adrénaline adéquatement.

C'est la raison principale pour laquelle Paul, le journaliste de la radio, ne souffre pas de stress. Il est très intensément mobilisé, mais son énergie est immédiatement utilisée. Son enthousiasme débordant lui sert d'exutoire dans sa vie de tous les jours. C'est en partie ce qui le distingue de Maurice, le professionnel à l'emploi du gouvernement. Ce dernier passe la journée à souffrir en silence de son conflit avec son supérieur, à se retenir de réagir ou de manifester sa colère et sa frustration. Il est intensément impliqué dans ce conflit, mais il n'en laisse presque rien paraître; tout se passe en secret et il a raison de croire que ce problème le ronge de l'intérieur. Après un certain temps, les troubles physiques viendront le confirmer: c'est son estomac, son coeur ou ses intestins qui seront atteints par cette retenue.

2- Gestion de la situation

C'est la dimension préventive de la solution au stress: en tenant bien compte de ses réactions, on peut apporter à sa situation les ajustements nécessaires pour la rendre viable, acceptable et même satisfaisante. La personne qui procède ainsi ne souffre jamais de stress chronique car elle trouve des solutions bien avant que le problème ne prenne trop d'ampleur.

Gisèle, par exemple, n'est pas arrivée par hasard à établir l'équilibre satisfaisant qu'on constate dans sa vie. Les occasions de devenir débordée étaient nombreuses et elle aurait pu facilement souffrir d'un burnout après quelques années à ce rythme. C'est parce qu'elle a tenu compte de ses réactions qu'elle a pu trouver un grand nombre d'ajustements qui font que maintenant, elle ne changerait sa situation de vie et de travail pour rien au monde. Elle a trouvé des façons de faire manger sa famille sans que ce soit trop exigeant pour elle, elle a convenu avec son conjoint d'un partage de responsabilités (et non de tâches) qui la soulage de plusieurs soucis, elle a obtenu de ses enfants une contribution utile aux tâches quotidiennes... C'est peu à peu, en rencontrant diverses impasses, qu'elle a découvert les problèmes auxquels il a fallu trouver des solutions. Comment a-t-elle fait?

Il faut quatre ingrédients pour réussir cette recette miraculeuse:

  1. accueillir l'information,
  2. prendre les décisions nécessaires,
  3. faire l'expression suffisante,
  4. évaluer le plaisir.

a) Accueillir l'information

Il est essentiel, pour empêcher les situations de créer sur nous une pression excessive qui se transformera éventuellement en stress, de prendre conscience des messages d'alarme de notre organisme. La tension, l'anxiété, la fatigue, le manque de concentration sont des réactions qui doivent être prises au sérieux. Il s'agit d'indicateurs qui nous signalent que notre situation manque d'équilibre. Si de telles réactions deviennent durables, il est grand temps de s'inquiéter et de chercher comment on peut en tenir compte.

b) Prendre les décisions

Devant les indices que nous donnent les réactions ci-dessus et les sentiments qui nous habitent, il est important de faire des choix pour changer la situation. Ces décisions n'ont pas pour but d'éliminer les aspects intenses de notre vie parce qu'ils pourraient devenir stressants à force d'être excitants, elles ont pour but de retrouver un équilibre rompu en faisant une meilleure répartition des énergies.

La plupart du temps, il s'agit de rétablir un équilibre plus harmonieux entre nos besoins personnels et les exigences de la tâche (ou les responsabilités que nous choisissons d'assumer). Toujours, il faut faire une nouvelle répartition de nos énergies et de notre investissement entre ce que nous voulons ou recherchons (pour nous-même) et ce que notre milieu (travail, famille, amis) attend de nous.

Ces décisions ne sont pas toujours faciles: il s'agit la plupart du temps de choix à faire entre plusieurs désirs, plusieurs dimensions de ce que nous voulons. Mais lorsque ces besoins et aspirations entrent en contradiction, il devient nécessaire d'établir des priorités, de décider de ce que nous allons privilégier et de ce que nous sacrifierons. Ne pas faire ces choix, c'est l'équivalent de décider de se négliger soi-même pour répondre aux attentes de notre entourage ou, pire, pour tenter (en vain) de correspondre à une image illusoire de nous-même.

c) Faire l'expression suffisante

Cette expression peut prendre plusieurs formes: il s'agit de l'action expressive qui concrétise, face aux autres, les choix que j'ai faits. C'est poser les gestes qui concrétisent mes décisions autant que réagir ouvertement aux pressions et demandes de mon entourage. C'est prendre ouvertement la place et l'importance que je m'accorde dans ces choix.

Cette expression est très importante, même si on en parle peu souvent dans les textes sur le stress. Elle est en effet un des pas les plus importants dans la démarche pour arriver à une solution réelle et durable, au changement global du mode de vie qui est nécessaire pour résoudre un problème de stress. C'est à travers cette expression et ces actes concrets que nous faisons l'implantation du changement nécessaire.

d) Évaluer le plaisir

Comme nous l'avons vu depuis le début, le stress naît dans les situations intenses et urgentes. Si on parvient à jouir de cette intensité en demeurant actif et vivant dans les situations qui pourraient être stressantes, on ne souffre pas de stress. C'est alors le plaisir d'une vie vécue intensément qui prend la place, comme dans l'exemple de Paul, le journaliste.

La connaissance de cet aspect permet de nous servir du plaisir comme outil d'évaluation du succès de nos efforts. En accueillant les indices fournis par nos émotions, en faisant des choix qui tiennent mieux compte de nous, en posant ouvertement les gestes qui en découlent, on devrait obtenir un état psychologique différent: la situation oppressante doit normalement devenir intéressante, stimulante, chargée de plaisir intense. En utilisant ce plaisir comme critère, nous obtenons un guide sûr qui permet de savoir que nous vivons harmonieusement une situation de pression, que nous vivons notre stress de façon positive.


Conclusion

Nous avons besoin d'une meilleure compréhension des mécanismes qui créent le stress et de ceux qui permettent d'y trouver des solutions efficaces et durables.
Grâce à elle, nous pouvons empêcher que les exigences de notre tâche ou la lourdeur de nos responsabilités n'aient sur nous un effet destructeur.

Il n'est pas toujours possible de répondre aux sollicitations de la situation sans que ce soit au détriment de notre santé et de notre équilibre. Si, en utilisant les moyens les plus efficaces, nous ne parvenons pas à transformer en plaisir une situation d'urgence durable, il est important d'envisager la possibilité de refuser de se conformer à ses exigences. Il arrive, en effet, que ce soient les pressions de l'environnement qui constituent le vrai problème. Ce n'est pas parce que notre patron, nos collègues, notre conjoint, nos enfants ou nous-mêmes attendons quelque chose de nous que cette performance est nécessairement réaliste. Il faut aussi savoir dire non!


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Le stress: causes et solutions

Cet article est tiré du magazine électronique
"La lettre du psy"
Volume 2, No 8: Août 1998