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Les caprices de la thyroïde


Fatigue, crampes, frilosité, sueur, nervosité… Ces troubles, fréquents, peuvent trahir un mauvais fonctionnement de la thyroïde. Un Français sur dix souffre d'un dérèglement de cette glande.

Hypothyroïdie Hyperthyroïdie Nodules et goitres Le traitement
Scintigraphie thyroïdienne

Qui ne connaît une amie, un enfant atteint d'un trouble de la thyroïde ? Décidément, cette glande nous perturbe de plus en plus : la faute à quoi ? stress, pollution, Tchernobyl ? Silence du côté des chercheurs et des médecins. Leur seule réponse : ces troubles sont mieux connus qu'autrefois. En effet, que de manifestations d'hyperémotivité ou de dépressions ont été attribuées aux déséquilibres caractériels féminins, alors qu'il s'agissait d'un désordre bien réel de la glande thyroïde. Et combien d'hommes passaient pour lymphatiques et un peu benêts parce que leur thyroïde fonctionnait au ralenti ! De nos jours, il faut savoir que les perturbations de la thyroïde touchent les femmes surtout, à la puberté, après une grossesse ou à la ménopause. Et que le dépistage a progressé ces cinq dernières années.

Scintigraphie thyroïdienne

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Hypothyroïdie
Tout l'organisme est engourdi
4 à 8% des Français seraient touchés, et près de deux femmes sur dix après 50 ans.
Grande fatigue, ralentissement des fonctions physiques et mentales, crampes musculaires, intolérance au froid, œdèmes, constipation, peau et cheveux secs, règles abondantes et prolongées, voix qui s'enroue, prise de poids...
Quand la thyroïde ne sécrète pas assez d'hormones, tout l'organisme est ralenti. Mais ces troubles, ordinaires, ne poussent pas forcément à consulter. De récentes études ont pourtant montré qu'un traitement améliore l' état de santé et notamment la mémoire.
Si l'hypothyroïdie augmente nettement avec 1'âge, elle peut apparaître n' importe quand, parfois sous un jour trompeur : fléchissement des résultats scolaires d'un enfant, par exemple. Chez les nourrissons, elle peut entraîner un retard mental. C'est pourquoi des examens sanguins sont systématiquement pratiqués à la naissance. Grâce à ce dépistage de l'hypothyroïdie (qui touche environ un nouveau-né sur 3500), on entreprend aussitôt un traitement permettant à l'enfant de se développer normalement.
L'insuffisance alimentaire en iode, propre à certaines régions, peut entraîner une déficience thyroïdienne (voir
encadré Elle marche à l'iode). Parfois, c'est l'incapacité dé l'hypophyse à produire l'hormone stimulant la thyroïde (la TSH, thyroid stimulating hormone en anglais)qui en est la cause. Le plus souvent, ce ralentissement est d'origine auto-immune : l'organisme produit un anticorps anormal qui détruit la glande peu à peu (thyroïdite de Hashimoto). On recherche cet anticorps dans le sang pour confirmer le diagnostic.
Sans traitement, l'hypothyroïdie accroît le taux de graisses nocives dans le sang et donc les risques d'artériosclérose (accidents coronariens). Alors qu'il suffit d'avaler chaque jour l'hormone qui fait défaut (la T4) pour gommer tous les symptômes et contrôler la maladie. Mais cette hormone synthétique (on n'utilise plus de thyroïde de bovins depuis trente ans) doit être prise à vie.

Hyperthyroïdie
le corps tourne en surrégime
L'hyperthyroïdie survient lorsque la thyroïde produit trop d'hormones
1 à 2 % de la population est touché, mais 3 % des plus de 65 ans et 8 femmes pour 1 homme. Son dépistage précoce permet d'éviter des problèmes cardiaques, car l'hyperthyroïdie, outre tout un cortège de maux mineurs, entraîne de l'hypertension artérielle.
L' organisme fonctionnant en <<surmultipliée>>, on maigrit malgré l'appétit accru qui fait manger davantage ; les mains tremblent, les paumes sont moites car on a toujours trop chaud ; le cœur bat vite et fort ; le transit s'accélère (diarrhées), la nervosité augmente, et un goitre peut apparaître.
Dans la maladie de Basedow, 1'hypertyroïdie la plus fréquente, ces symptômes s' accompagnent de troubles ophtalmologiques : larmoiements, rougeurs, parfois vision double, et surtout saillie de l' œil (exophtalmie). En fait, la thyroïde est stimulée avec excès par la présence d'immunoglobulines anormales. Du coup, l'hypophyse freine considérablement sa production de TSH, au point que cette hormone, qui stimule d'ordinaire la thyroïde devient indécelable dans le sang.
Le taux d'hormones thyroïdiennes, lui est trop élevé. La maladie de Basedow apparaît souvent après un choc émotif intense, une grossesse : il est fréquent que le stress déclenche des maladies auto-immunes dans lesquelles l'organisme se dérègle et s' attaque lui-même.

Nodules et goitres
plus fréquents qu'on ne le pensait
Un goitre signale un dysfonctionnement de la thyroïde.
Comme les nodules (petites boules), les goitres peuvent être fréquents du fait de 1'insuffisance des apports
en iode (encadré Elle marche à l'iode).
A partir de prédispositions génétiques, la pollution jouerait aussi un rôle favorisant, ainsi que les grossesses successives et le tabac. Le goitre apparaît souvent durant la puberté. Un traitement par hormones thyroïdiennes met la thyroïde partiellement au
repos pendant environ deux ans, et le fait régresser. Mais parfois, au bout de quelques années, le goitre recommence à grossir, devenant franchement inesthétique ou risquant de comprimer la trachée, une veine ou les cordes vocales. En outre, peu à peu, de petites tumeurs risquent de venir <<bourgeonner >> sur cette grosse thyroïde.
Ces nodules, ou adénomes, peuvent aussi se développer sur une glande apparemment normale. Jusqu' à présent, ils étaient découverts fortuitement chez 4 % des adultes, par le médecin lors d'une consultation ou par le patient lors de sa toilette. De nos jours, l'échographie permet de déceler des nodules avant qu'ils ne soient palpables (s'ils sont profonds, ils peuvent atteindre déjà 2 cm). Près de la moitié de la population en est porteuse !
La plupart de ces nodules étant bénins, on se contente de les surveiller. Mais 5 % sont cancéreux : pour écarter cette hypothèse, on pratique souvent une ponction-biopsie. Ces nodules peuvent aussi se mettre à sécréter des hormones thyroïdiennes (on les appelle alors toxiques). Jusqu'à 1'apparition des méthodes modernes de dosage de la TSH, cette forme d'hyperthyroïdie passait souvent inaperçue, notamment chez les personnes âgées, chez qui la maladie ne se manifeste, le plus souvent que par des troubles du rythme cardiaque.

Le traitement
hormones, iode, et parfois opération
L'hyperthyroïdie se soigne avant tout par les hormones.
Après douze à dix-huit mois de comprimés quotidiens, un patient atteint de la maladie de Basedow peut être guéri. Pour certains, des rechutes nécessitent une deuxième, voire, une troisième cure. Chez les jeunes, on peut enlever tout ou partie de la thyroïde. L'ablation totale nécessite deux ou trois jours d'hospitalisation, mais provoque une hypothyroïdie qu'il faudra compenser à vie par un traitement hormonal. Une hyperthyroïdie rebelle peut se soigner avec des gélules d'iode radioactif, qui se fixe sur la glande thyroïde ; sa radioactivité détruit certains tissus ciblés. Les doses, assez faibles, n'imposent pas d'hospitalisation. Mais mieux vaut éviter quelques jours les câlins aux petits et repousser au-delà de six mois une grossesse éventuelle.
Le fonctionnement de la thyroïde sera réévalué trois mois plus tard : une deuxième dose est par fois nécessaire. On utilise aussi l'iode radioactif après chirurgie d'un cancer de la thyroïde, à doses bien plus fortes. Le patient est alors hospitalisé quelques jours en chambre plombée. Mais, pris à temps grâce à un dépistage précoce, ce cancer guérit plus de neuf fois sur dix.

Un drôle de papillon
Cette petite glande ne pèse que 15 grammes. Située à la base de notre cou, à l'emplacement du nœud papillon, elle en a à peu près la taille et la forme. Ses deux lobes entourent la trachée. Elle sécrète deux hormones : la T3 ou triiodothyronine, et la T4 ou thyroxine. Chaque jour, la thyroïde fabrique 6 grammes de T3 qui accèdent directement aux cellules, et 100 grammes de T4 qui forment une réserve, elle aussi véhiculée par le sang. L'organisme puise la T4 en fonction de ses besoins, et les tissus transforment cette <<préhormone>> en T3. L'action de la thyroxine est absolument essentielle, car elle contrôle le rythme de l'activité chimique de chaque cellule de l'organisme.

Elle marche à l'iode
Pour fabriquer ses hormones, la thyroïde a absolument besoin d'iode. Cet élément se trouve aussi bien dans l'air, dans l'eau que dans la terre, mais surtout à proximité de la mer : plus on s'en éloigne, plus l'iode se fait rare. Si l'organisme en manque trop longtemps, un goitre (gonflement à la base du cou) peut apparaître, la thyroïde grossissant pour tenter de maintenir malgré tout sa production d'hormones. Dès le XVIe siècle, c'est par la prise d'algues et d'éponges marines qu'on soignait les goitres, alors qu'on ne devait découvrir la présence d'iode dans les algues que plus de deux siècles plus tard !

Les goitre sont devenus plus rares en France
depuis que notre sel de table est enrichi en iode. Ils touchent moins de 10 % des habitants et, selon la récente étude européenne Thyromobile, 4,1 % des garçons et 3,1% des filles de 6 à 14 ans. Mais, dans de nombreuses parties du monde -cordillère des Andes, montagnes chinoises, Zaïre- le goitre continue ses ravages. Car le manque d'iode peut entraîner des maladies nerveuses, et même des lésions cérébrales irréversibles telles que le crétinisme, affection qui peut atteindre 5 à 15% de la population dans certaines régions.

La vaste étude alimentaire Su.vi.max
a cependant prouvé que nos apports en iode ne sont pas encore à leur niveau optimal. Pour un adulte, 150 microgrammes/jour sont conseillés, plus encore chez une femme enceinte. 0r, nous sommes nombreux à n'en absorber pas plus de 80 microgrammes, et une femme enceinte sur deux est carencée alors que ce déficit chez le bébé peut occasionner de petites anomalies neurologiques. Les comprimés d'iode n'étant pas commercialisés en France -ils le sont en Allemagne- il ne nous reste plus qu'à nous ruer sur les fruits de mer... sans risque de surdosage !
Les Japonais consomment sans problème 3 000 à 5 000 microgrammes d'iode par jour.

 

Source : Femina (nice-matin) n° 238 du 24 juin 2001

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